De bon copains à nous viennent goûter aux charmes norvégiens en Août.
Ils ne sont pas citoyens européens, et doivent donc se munir d’un visa Schengen.
Jusque là, pas de souci.
Pour ce, il faut qu’ils montrent patte blanche financièrement. La Norvège joue son rôle humanitaire avec beaucoup de sérieux – y compris quand il s’agit de réfugiés irakiens. Un seul pays ne peut pas avoir vocation à supporter toute la misère du monde, je comprends très bien.
Un peu ironique quand on connaît le poste et qu’on imagine le salaire du copain en question, mais hein…
De fil en aiguille, je me retrouve à devoir me porter caution (Garantiskjema for besøk).
Je vais au bureau de police le plus proche de mon lieu de travail, avec ce que je crois être les documents demandés. Dernière fiche de salaire, déclaration d’impôts, relevé bancaire, passeport.
Une charmante dame m’accueille avec un sourire, ça va être une promenade de santé que j’vous dis.
Vous avez votre carte d’immatriculation de police ?
Le truc qui prouve que je réside et travaille légalement en Norvège, et qui sert à obtenir un numéro de sécu ? Ben oui, à la maison, à Oslo.
Vous habitez à Oslo ; pourquoi n’êtes-vous pas allés à un bureau de police à Oslo, alors ?
C’est-y-pas comme on peut se faire refroidir en deux questions par un fonctionnaire de police, toute jolie blonde qu’elle fut.
Me voici en train de justifier ma présence dans ce bureau de police, et par extension explicite ma présence sur le sol norvégien.
Mais je paie mes impôts, regardez, j’ai ma déclaration – ai-je envie de protester. Peine perdue. Imaginez la quantité d’impôts directs et indirects que paient les immigrés illégaux en France. Vous qui vivez dans l’hexagone et lisez ces lignes, je vous imagine avec un il va faire le malin et travailler à l’étranger, bien fait pour lui. Pas à voix haute, non, cela aurait par trop des accents xénophobes. Plutôt en usant de cette petite voix incidieuse qui aime aussi à attribuer des nuances à la nationalité française, clein d’oeil à l’appui. Désolé. Je me perds.
La jolie blonde me laisse vaquer et chercher la carte d’immatriculation en question.
Je repasse le lendemain. Mon bourreau de la veille me reconnaît et explique rapidement mon cas à sa non moins blonde de collègue. Les choses ont l’air d’être décidées à avancer. Je n’avais pas le Lignigsattest (déclaration de revenu) mais le Lønns- og trekkoppgave (estimation que fait l’État norvégien de mon patrimoine et de mes revenus). Dans son infinie mansuétude et devant ma soumission sans limite, jolie blonde appose les deux coups de tampon réglementaires sur mon formulaire.
Pfiou.
Je choisi alors la mauvaise épaule pour aller pleurer sur mon sort d’étranger en Norvège. Celle de Tahar l’ingénieur algérien sur-qualifié qui a vécu, travaillé et souffert en France. Je me tais, mets mon histoire sous mon mouchoir au fond de ma poche. Non mais, vous avez idée de ce qu’on leur fait subir, aux étrangers en règle, en France ?
